Le train traverse lentement la campagne anglaise. Derrière les larges fenêtres défilent les prairies, les villages et bientôt les premières maisons de briques rouges. Dans quelques minutes, il entrera en gare de Liverpool.
Pour beaucoup, Liverpool est une ville portuaire du nord-ouest de l’Angleterre. Pour des millions de personnes à travers le monde, elle est aussi le lieu où quatre garçons ont changé l’histoire de la musique.
Chaque année, à la fin du mois d’août, la ville accueille la Beatleweek. Depuis plus de trente ans, ce festival réunit des groupes venus du monde entier pour célébrer les chansons de John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr. Pendant quelques jours, Liverpool devient une immense scène où résonnent encore les mélodies des Beatles.
Je ne viens pas seulement écouter leurs chansons. Je viens retrouver une partie de mon histoire.
Le journaliste et écrivain Vincent Duluc écrivait à propos de Paul McCartney: « Il y a toujours eu vingt ans entre Paul et moi, et vingt ans, c’est toujours jeune. » Cette phrase me fait sourire. Je crois appartenir à cette génération qui a découvert les Beatles après leur séparation, mais qui a grandi avec leur musique comme si elle était toujours présente.
Je ne me souviens plus exactement de la première chanson des Beatles que j’ai entendue. J’avais six ans lorsqu’ils ont cessé d’exister en tant que groupe. En revanche, je me souviens parfaitement de mon premier disque.
Enfin, de ma première cassette.
C’était à Londres, en 1977. J’avais treize ans. Mes parents m’avaient emmené chez HMV, sur Oxford Street. Devant le rayon consacré aux Beatles, je devais choisir. Toute leur discographie était là.
Pourquoi ai-je acheté Beatles for Sale ?
Pour une raison très simple : c’était la pochette où l’on voyait le mieux leurs visages.
Cette cassette allait m’accompagner pendant des mois. Puis vinrent Live at Hamburg, les compilations rouge et bleue, puis les albums un par un. Mon radio-cassette passait leur musique en boucle, entre deux émissions de radio et mes propres expériences d’animateur improvisé grâce au petit micro intégré à l’appareil.
Pendant plusieurs années, les Beatles furent les compagnons de mon adolescence. Je chantais Let It Be, Hey Jude ou Yesterday dans ma chambre. Plus tard, d’autres musiques sont arrivées : les Rolling Stones, les Clash, Bruce Springsteen, Téléphone, Higelin, puis Beethoven, Verdi, Coltrane ou Miles Davis.
Les Beatles n’avaient pas disparu. Ils attendaient simplement.
Quarante ans plus tard, me voici à Liverpool.
Une fine bruine accueille les visiteurs. Ici, l’aéroport porte le nom de John Lennon. Je me demande ce que ressent Paul McCartney lorsqu’il revient dans cette ville où tout a commencé.

Quelques semaines avant mon arrivée, il était revenu à Liverpool pour enregistrer une séquence de Carpool Karaokeavec James Corden : un voyage dans ses souvenirs, une promenade dans les rues de son enfance et un concert surprise dans un pub.
Dans le taxi qui m’emmène vers le centre-ville, j’imagine son regard sur les mêmes paysages : les longues rues de maisons en briques rouges, les terrains vagues, les anciens quartiers ouvriers, les docks de la Mersey au loin.
Liverpool n’efface pas son passé industriel. Elle le porte encore.
Et c’est peut-être ce qui rend la ville si attachante.
Le centre de la Beatleweek se trouve autour de deux lieux mythiques : la Cavern et l’Adelphi Hotel.
L’Adelphi est un immense bâtiment qui semble avoir traversé les décennies sans vraiment choisir entre splendeur et fatigue. Sept étages, des centaines de chambres, de grands salons qui rappellent l’époque où les voyageurs fortunés y passaient une dernière nuit avant de partir vers l’Amérique.
Aujourd’hui, ce sont les fans des Beatles qui occupent les lieux.
Ce soir, un groupe néerlandais joue l’intégralité du White Album, dont on célèbre le cinquantième anniversaire.
Je repense alors au poster accroché au-dessus de mon lit quand j’avais treize ans. Les quatre portraits de Paul, John, George et Ringo accompagnaient mes réveils. À cet âge, je reconstituais même des concerts des Beatles avec mes Playmobil devant mon radio-cassette.
Des décennies plus tard, la musique est toujours là.
Dans la salle, les cheveux ont souvent la couleur du White Album. Beaucoup de spectateurs ont l’âge des chansons qu’ils viennent écouter. Pourtant, lorsque les premiers accords retentissent, l’énergie est intacte.
Liverpool a aussi une autre grande tradition : la bière.
Elle accompagne tout. Les concerts, les discussions dans les pubs, les soirées qui s’étirent jusqu’à la nuit. Dans les salles bondées, quelques gouttes finissent souvent sur le sol, laissant les semelles légèrement collantes.
Le samedi après-midi, je pousse la porte d’un pub où le Liverpool FC joue son match. Quelques jeunes en maillot rouge chantent plus qu’ils ne chantent juste You’ll Never Walk Alone. Autour d’eux, des familles, des couples, des habitués.
Ici, on ne regarde pas seulement un match. On participe à un rituel.
Puis vient Mathew Street, la rue où la musique sort de chaque porte. Les morceaux des années soixante se mélangent dans un étrange brouhaha joyeux.
La Cavern est pleine.

Sur scène, un groupe brésilien joue les Beatles. Ils sont très jeunes, certains ont à peine l’âge qu’avaient John, Paul, George et Ringo lorsqu’ils ont commencé. Le guitariste est impressionnant, notamment sur While My Guitar Gently Weeps.

C’est peut-être le plus beau moment de la Beatleweek.
Pas les imitateurs qui reproduisent le passé à l’identique, mais ces jeunes musiciens qui s’approprient une musique vieille de plus d’un demi-siècle et lui donnent une nouvelle énergie.
Au milieu de la nuit, dans le bar de l’Adelphi, le groupe lance Twist and Shout.

La foule se met à danser. Les voix se mélangent, les guitares résonnent, la batterie frappe, la basse Höfner rappelle immédiatement l’univers de Paul McCartney.
Pendant quelques minutes, il n’y a plus d’âge, plus de frontières, plus de passé.
Seulement de la musique.
Le lendemain matin, les réalités reviennent.

Les yeux sont fatigués derrière les bols de porridge, les conversations plus discrètes. Il faut quitter l’hôtel.
Une pluie fine accompagne mon départ. Depuis l’étage du bus à impériale, Liverpool défile derrière les gouttes qui glissent sur la vitre.
J’aperçois mon reflet.
J’ai vu Liverpool. J’ai cherché les Beatles.
Et j’ai retrouvé un peu de moi-même.
Informations pratiques
Quand partir ?
La Beatleweek se déroule généralement fin août. C’est le moment idéal pour découvrir Liverpool en musique, mais la ville mérite aussi une visite toute l’année.
Les lieux Beatles incontournables :
- la Cavern Club, lieu emblématique des débuts du groupe ;
- Mathew Street, cœur historique de la scène musicale ;
- le quartier de Penny Lane ;
- Strawberry Field ;
- le musée consacré aux Beatles sur le front de mer.
Se rendre à Liverpool :
La ville est facilement accessible en train depuis Londres. Le trajet permet de rejoindre le centre directement et d’arriver au cœur de l’ambiance.
À ne pas oublier :
Liverpool ne se résume pas aux Beatles. C’est aussi une ville de docks, de musique, de football et de culture populaire, avec une identité très forte.
Pour retrouver un peu de l’ambiance des Beatleweek:
Beatleweek 2024:
Beatleweek 2025:




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