24 h à Florence (1): chez Sandro et Simonetta

Ou comment certains livres ou certains tableaux vous donnent une irrésistible envie de prendre le premier train pour l’Italie.

J’aime le train de 6 heures 18 au départ de Lausanne, le panneau de la voie 6 indique comme destination: « Milano- Venezia Santa Lucia ». Des images de lagune viennent égayer le quai quasi désert en ce dimanche matin encore un peu sombre de février.
Mais aujourd’hui, pas de canaux, pas de ruelles vénitiennes, ma destination est un peu plus au Sud : Florence. Tout a commencé avec la lecture de deux ouvrages des éditions Henry Dougier. Le premier était consacré au David de Michel Ange, l’autre enquêtait sur Simonetta Vespucci (la cousine par mariage d’Amerigo), qui fut le modèle des toiles les plus célèbres de Sandro Boticcelli. Les deux livres terminés, l’irrésistible envie de prendre le train au plus vite, couplée avec les prévisions météorologiques (soleil et 18 degrés) ont fini de précipiter ma décision.

L’ETR 610 pour Milan
Confortablement assis dans l’ETR 610, l’un des trains qui relient plusieurs fois par jour la Suisse romande à Milan, je délaisse mon roman pour observer la nuit qui s’efface tandis que les premières lueurs roses viennent doucement se poser sur les plus hauts sommets du Valais. A Domodossola, le train prend 6 à 7 minutes de retard, un peu par tradition. Mais rien de grave, le convoi arrive dans la majestueuse gare de Milan avec une dizaine de minutes de retard. Et la correspondance est dans 20 minutes. Tout va bien. Même pas besoin d’emprunter le raccourci…

Le raccourci ? Lorsque le temps de correspondance a considérablement fondu suite au retard d’un des trains et que l’on est plutôt situé en queue de convoi, inutile de courir et remonter tout le qui pour chercher sa correspondance. Il existe en effet un petit passage souterrain, qui permet ainsi de passer d’un quai à l’autre très rapidement. Bon à savoir…

Milan-Florence à 300 km/h
Depuis Milan, il faut compter un tout petit peu moins de deux heures, grâce à la Frecciarossa de Trenitalia, avec quelques pointes à 300 km/h. Le convoi traverse les brumes de la plaine du Pô et passe à proximité d’un lieu plutôt célèbre: Marignan… Oui , celui de 1515. Mais pas le temps de chercher la trace d’une ancienne bataille, nous voici déjà en Emilie Romagne, Bologne, puis de nombreux tunnels, et déjà Florence. On aperçoit depuis le quai la peu discrète coupole du Dôme de Brunelleschi…

 

La gare de Florence n’est pas vraiment du même architecte que le Dôme. On dira que c’est du style moche à très moche. Bon, ça tombe bien, ce n’est pas forcément le principal monument de la ville. Le meilleur plan: se débarrasser de ses bagages le plus rapidement possible, par exemple à l’Hôtel Ambasciatori, juste en face de la gare, et se diriger vers le centre. La coupole du Dôme agit comme un aimant et l’on se retrouve très vite au pied de celui-ci. On s’en rend assez vite compte car les rues se sont remplies de touristes, on entend beaucoup parler l’anglais.


Mais nous n’avons pas de temps à perdre, nous avons rendez-vous avec Simonetta Vespucci. Elle nous attend à la Galerie des Offices, à quelques centaines de mètres de là. Il est préférable de prendre rendez-vous, donc de réserver son billet d’entrée à l’avance sur Internet; la même recommandation est valable pour les autres musées.  Une fois à l’intérieur du musée, il faut prendre le temps de parcourir quelques salles et se rendre compte asez rapidement que Simonetta ne va pas nous accorder un rendez-vous particulier. Nous voici donc dans la grande salle qui réunit plusieurs tableaux de Sandro Botticelli. On commence par le Printemps. Simonetta n’est pas au centre du tableau, mais elle est l’une des trois Grâces, quatrième depuis la gauche.

 

 Poursuivons. Tableau suivant, un petit format: que fait-elle là?  « Retourne dans ton tableau », semble dire l’aimable personne en habit sombre. « Bon, bon j’y vais », finit par déclarer Simonetta.

C’est bon. Tout est rentré dans l’ordre. Simonetta Vespucci a repris la pose, au centre de l’un des plus grands chefs d’oeuvre de la Renaissance italienne. La femme du cousin d’Amerigo posa pour d’autres tableaux de Sandro et pour d’autres peintres. Dans son livre « Le Mystère de Simonetta », l’auteur Jean Lovera part à la recherche de ces tableaux, aux quatre coins de l’Europe, dans un récit haletant et obsédant. On y apprendra aussi que la muse mourut jeune, à l’âge de 22 ou 23 ans, probablement de la tuberculose. Plus de 30 ans après, Sandro sera enterré à proximité de Simonetta, dans l’église Ognissanti de Florence.
Après cette première rencontre, il est temps d’aller à notre deuxième rendez-vous. Avec un homme cette fois. Il s’appelle David et n’est pas plus habillé que Simonetta…
La suite dans un prochain article de ce blog. Pour l’instant, prenons le temps de déguster une excellente glace bio maison: chez Edoardo, facile à trouver, place du Dôme. Il faut parfois faire la queue, mais les produits sont excellents. Par exemple zabaione-pistache salées de Sicile…


Aux Offices, Botticelli n’est pas tout seul: on rencontre aussi des tableaux de Michelangelo et de Leonardo…

2 commentaires

  1. eichenberger634c3b0f12

    Cher Jean-Philippe

    Es ist immer erfrischend und macht Freude, von dir zu lesen. Weil: Du hast nicht nur Augen für die Eisenbahnen und Züge, sondern ebenso für Kunst, Architektur, Musik – für alles, was Kultur ausmacht. Deine Texte sind spannend geschrieben und oft witzig. Da stiege man am liebsten gleich in den nächsten Zug nach Florenz. Ich wünsche mir noch viele weitere Folgen von villes et pays en train!

    Amitiés, Ruedi
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