Un voyage en train à Naples

Partir peu après six heures du matin de Lausanne et arriver à Naples vers 15 heures. Avec 20 minutes de temps pour changer de train à Milan, et, pour ajouter un peu de difficulté, un jour de grève des chemins de fer italiens: le pari est certes audacieux -mon collègue tessinois pense que je suis décidément fou- mais, à mon avis réalisable.

Premier écueil, la grève. Pas vraiment prévue lorsque j’avais réservé mon billet. Mais le site Internet de Trenitalia est plutôt rassurant : celle-ci ne dure qu’une journée et un certain nombre de trains grandes lignes circulent tout de même. La compagnie publie en effet sur son site Internet la liste des trains, classés par numéro, qui sont assurés en période de grève. Je la consulte frénétiquement, un peu comme on recherche les numéros gagnants d’une loterie. Mes deux trains y sont ! Il ne reste plus qu’à vérifier tout ça dans la réalité…

L’autre défi, c’est d’avoir 20 minutes pour changer de train à Milan. C’est en principe parfaitement faisable, mais ce n’est pas sans un certain suspense. Comme lorsque le train, qui roulait jusque là à 140 km/h, s’arrête plus ou moins brusquement en pleine campagne, pas loin de Bex… « Problème technique au train, avec toutes nos excuses ». De quoi faire légèrement augmenter l’adrénaline. Le train finit par repartir, avec 10 minutes de retard, de quoi baisser de moitié le temps de correspondance à Milan….

Brigue, Domodossola, toujours ces 10 minutes de retard, au moins il n’a pas pris davantage au départ de la première gare italienne. Je me rappelle, bon plan si l’on est à l’arrière du train, qu’il existe en gare de Milan un tout petit passage souterrain, muni seulement d’escaliers, pas large mais très pratique en cas de retard et qui permet de rejoindre très rapidement les autres quais…

Et puis, le miracle. Petit à petit le train ratrappe son retard, il n’a plus que 5 minutes à Stresa et sur l’appli de Trenitalia, je note 3 minutes d’avance à Rhô, pas loin de Milan. À moins d’un tremblement de terre, j’aurai mon train !

L’Italie à grande vitesse

Le convoi se défait par principe de son avance en approchant la gare centrale, il passe sous l’un des anciens postes d’aiguillages et ralentit pour entrer dans la cathédrale de verre et de métal qu’est la marquise de la gare de Milan. Pas le temps aujourd’hui d’aller admirer les fresques et les mosaïques-oui il y a des mosaïques dans la gare de Milan– je me dirige quai 15 pour m’installer dans la « Frecciarossa 1000 » qui, conformément au plan de circulation en cas de grève, est prête au départ. C’est parti pour cinq heures de grande vitesse à-travers l’Italie. Chaque gare est une invitation à sortir du train, Bologne, Florence, Rome… Mais tel Ulysse (on ne se refuse rien dans ce train) je resterai attaché à mon fauteuil et je ne sortirai qu’à Naples.

Il faut dire que le paysage qui défile depuis ce matin derrière ma fenêtre est passionnant. Après le bord du lac Léman puis les sommets enneigés du Valais, le train s’engage dans le tunnel du Simplon pour rejoindre, après le passage sous les Alpes, Milan puis la Plaine du Pô jusqu’à Bologne. Ce sera ensuite une série de tunnels : les Apennins, c’est pas rien. Après Florence, les collines de la Toscane, les villages perchés et leurs cyprès, et puis, tours à plus de 250 km/h, on peut apercevoir les premiers pins parasols… Rome se rapproche et, jusque là plutôt absent, le soleil fait une timide apparition. Le train approche de la Ville éternelle, il longe quelques ruines d’aqueduc romain et s’immobilise avec 3 minutes d’avance en gare de Roma Termini. Milan-Rome, c’est 6 trains Trenitalia par heure et par sens auxquels on peut encore ajouter au moins 2 trains par heure d’Italo, la compagnie concurrente. Quasi la cadence d’un métro. À grande vitesse évidemment.

Rome-Naples

Mais à Rome, le temps est parfois suspendu, et voilà que notre convoi quitte la gare avec 19 minutes de retard, en route pour Naples. De Rome à Naples, le train traverse le Latium et la Campanie à 300 kmh, il ne faut qu’une heure et 15 minutes pour arriver à destination. Les plus anciens se rappellerront, sans vraiment beaucoup de nostalgie, les interminables trajets des années 80, assis par terre dans le couloir bondé d’un vieil Eurocity, dont le retard se comptait souvent en heures… L’Italie ferroviaire a bien changé, du moins en ce qui concerne la grande vitesse, et ses trains rouges sont désormais partis avec succès à la conquête de la France et de l’Espagne.
À Naples, après quelque 9 heures de voyage, reste la partie la plus délicate du voyage: traverser la rue. Il faut oublier les signaux, les passages pour piétons,et juste se lancer dans le trafic, entre les voitures… Une aventure.

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