En France, on peut parcourir 300 kilomètres en une heure, avec le TGV. Mais on peut également parcourir 380 kilomètres en plus de six heures, à petite vitesse. Bienvenue dans le Massif central et sur les causses, entre Clermont-Ferrand et Béziers.
Pas vraiment facile d’organiser ce trajet en train. Pendant plusieurs années, la ligne était fermée sur certaines parties du tronçon, en raison du manque d’entretien ou de travaux de rénovation. En juin 2025, des travaux obligeaient encore les voyageurs à emprunter le car. Mais ces divers chantiers sont plutôt un signe positif pour l’avenir de la ligne qui relie Clermont-Ferrand à Béziers, en passant par Neussargues, plusieurs fois condamnée à une fermeture définitive.
Début septembre 2025, pas de travaux, tout semble en ordre, alors allons-y! C’est parti pour un grand voyage hors des sentiers battus, mais aussi hors du temps. Pour trouver l’horaire, depuis la Suisse, autant dire qu’il faut user de l’option « via » sue les applications, l’algorithme préférant nous conseiller les horaires des trains à grande vitesse.
Mais on finit par trouver son bonheur : il existe un train direct par jour entre Clermont et Béziers, il part à 12 heures 51 et il est possible de l’attraper depuis la Suisse, moyennant deux changements. Une véritable expédition…
La première partie du parcours, entre Lyon et Saint-Germain-des-Fossés: sur les traces du Ventadour
Le trajet en TER de Genève à Lyon se fait sans problème et avec 10 petites minutes de retard, une broutille. Néanmoins pas de temps à perdre, l’Intercités Lyon-Nantes est déjà à quai et se retrouve à l’exact opposé de l’endroit où est arrivé le train en provenance de Genève. Il va donc falloir courir un peu dans les sous-sols en partie neufs de la gare de Lyon-Part-Dieu.
Le convoi est bien rempli, mais je trouve tout de même une place près de la fenêtre. Le train est plutôt moderne et confortable, il s’agit d’une rame de type Regiolis mais équipée pour les trains Intercités. Les aménagements intérieurs sont plutôt soignés, notamment en première classe. De larges fenêtres permettent de contempler les campagnes françaises, aujourd’hui sous la pluie.
Notre train effectue la liaison Lyon-Nantes. Il traversera la France, hors des lignes TGV, en passant par Moulins, Nevers et Bourges. Une autre façon de voyager, c’est moins cher que le TGV, mais c’est plus long aussi.
Le Ventadour n’existe plus depuis près de vingt ans, et on ne peut plus effectuer tout son ancien trajet en train, une portion de 22 kilomètres ayant été fermée, faute d’entretien.
Restera le souvenir de cette rame de trois ou quatre voitures de type Corail tirées par une ancienne locomotive diesel 72000, et la commande en avance auprès du contrôleur de paniers-repas que le buffet de la gare de St-Germain des-Fossés livrait sur le quai, lors de l’arrêt du train en gare.

St-Germain-des-Fossés, c’est là que nous quittons l’Intercités pour Nantes afin d’emprunter un train TER pour Clermont Ferrand, Vichy, Saint-Yorre. Un petit dérangement de signalisation limitera notre vitesse de croisière et nous vaudra 15 minutes de retard, soit exactement celles que nous avions prévues pour acheter un sandwich à Clermont…
Le train Clermont-Béziers est un « Intercités ». Mais, contrairement au Lyon-Nantes, il est assuré par des rames TER. Nous attendons la correspondance du Paris-Clermont , qui semble n’avoir que 15 minutes de retard et nous partons…
Clermont-Ferrand – Béziers et le viaduc du Garabit
Le train qui effectue la liaison Clermont-Ferrand – Béziers est très joliment appelé « Intercités Aubrac » dans les documents horaires de la SNCF. En réalité, ce n’est pas une rame de ce type, mais bien un train TER qui accueille les voyageurs. Avec une petite subtilité supplémentaire : il faudra changer de train à Neussargues, car « ça fait 20 ans que c’est comme ça » bougonne un agent lorsqu’une personne demande pourquoi le train n’est pas direct…
À Neussargues, en effet, après de nombreuses annonces, les voyageurs à destination de Béziers changent de train. Des annonces qui furent manifestement plus discrètes dans le train en provenance de Béziers puisque des touristes ont raté la correspondance en restant dans la rame qui… retournait vers Béziers!

Et c’est parti pour un voyage à travers ce que l’on appelle la « diagonale du vide », cette appellation se référant à une partie de France où la densité de la population est sensiblement plus faible que dans le reste du pays.
Durant les quelque 6h40 (!) de trajet, c’est une succession de paysages et de surprises qui s’offrent au voyageur. Le train circule à vitesse modérée et il serpente d’une vallée à l’autre, en traversant un nombre incalculable de tunnels et en franchissant de nombreux ouvrages d’art. Parmi ceux-ci, le plus célèbre et le plus rouge : le viaduc du Garabit, construit par Gustave Eiffel. Le convoi franchit le pont avec la circonspection de circonstance, et, il faut bien l’avouer, l’endroit d’où l’on voit le mieux le viaduc n’est pas forcément sur le viaduc. Mais bon, cela reste tout de même le passage obligé de tout pèlerin ferroviaire…
Puy-de-Dôme, Haute Loire, Cantal, Lozère, Aveyron, Hérault,voilà le programme du trajet qui défilera derrière les fenêtres. Des forêts de sapins, des pâturages et des vaches, des rivières au fond de ravins escarpés, puis un autre viaduc (à Millau) ou encore un grand village un peu perché sur la colline, appelé Roquefort… Tel est le menu de cette escapade qui prend fin à Béziers.
Le temps n’était pas extraordinaire lors de cette escapade, il est recommandé de la faire en été, et, pourquoi pas, de planifier quelques étapes en cours de route. Pourquoi pas une dégustation à Roquefort par exemple? Mais attention, le nombre de trains quotidiens est rare!

Le château du Sailhant, près de Saint-Flour

Passage au pied du viaduc de Millau